Santé des artisans du BTP,

la dégradation s’accélère

#Quoi de neuf ? Publié le 15 mai 2018

La CAPEB, la CNATP, et le pôle d’innovation IRIS-ST dévoilent aujourd’hui le 4ème baromètre ARTI Santé BTP, enquête nationale de référence sur les conditions de travail et la santé des artisans du BTP. Il met en évidence une détérioration nette de l’état de santé des dirigeants d’entreprise artisanale (10 points en un an) malgré un regain d’optimisme quant à leur business. Les causes sont diverses : suivi médical insuffisant notamment chez les jeunes, charges administratives importantes, rythmes de travail très soutenus, contraintes administratives importantes et délais à respecter qui accentuent le stress.

Cette étude, menée auprès de 2 222 artisans du BTP, confirme les tendances inquiétantes mises en évidence par les éditions 2015 et 2016. L’année 2017 est ainsi notamment marquée par une nouvelle détérioration de l’état de santé des artisans du BTP. Ils sont 39% à se déclarer en mauvaise santé, contre 29% en 2016.

Pourtant, 50% des chefs d’entreprise artisanale se disent confiants vis-à-vis de l’avenir de leur activité (contre 30% en 2016) et ils sont 60% à avoir observé une progression de leur activité en 2017. Et, ils se sentent de moins en moins isolés : 35% affirment se sentir isolés, une baisse de 5 points par rapport à l’année précédente.

Patrick Liébus, Président de la CAPEB, déclare : « Malgré leur optimisme certain, les artisans du BTP souffrent et les voyants sont au rouge en ce qui concerne leur état de santé. Notre baromètre ARTI Santé met en évidence un phénomène de « contre coup » lié au redémarrage de l’activité dans le secteur du bâtiment. Il faut reconstituer la trésorerie et les marges ne sont pas encore significatives. A cela s’ajoute la difficulté de recrutement de personnel qualifié pour assurer les chantiers. Les artisans sont ainsi stressés et surmenés, ce qui se répercute sur leur vie personnelle et leur hygiène de vie. »

Parmi les multiples conséquences de cette dégradation de leur état de santé, les chefs d’entreprise artisanale du BTP sont 68% à déclarer souffrir de douleurs musculaires (pourtant en baisse de 10% depuis 2015). Ceci démontre que les artisans adaptent de plus en plus leur manière de travailler afin de limiter les contraintes physiques. A cela s’ajoutent la fatigue – 52% des artisans souffrent de fatigue importante (50% en 2016) – et les troubles émotionnels : 24% éprouvent de la nervosité, de l’irritabilité et des angoisses (23% en 2016).

Un rythme de travail intensif

L’année 2017 marque une nouvelle intensification des rythmes de travail hebdomadaire des dirigeants : 63% des artisans travaillent plus de 50 heures par semaine dont 24% plus de 60 heures. On constate qu’un écart se creuse dès lors que les entreprises ont plus de 5 salariés : les dirigeants de 6 à 10 salariés, de 11 à 15 et de 16 à 20 salariés sont respectivement 36%, 41% et 52% à travailler plus de 60 heures par semaines ; contre 19% pour les dirigeants travaillant seuls. Cependant, ils arrivent plus facilement à s’octroyer des congés de plus longue durée que les dirigeants n’ayant pas de salariés ou de 1 à 5 salariés.

Malgré ce rythme soutenu, 47% des artisans s’octroient une activité extraprofessionnelle.

Françoise Despret, Présidente de la Chambre nationale de l’artisanat, des travaux publics et paysagistes (CNATP), commente : « Nos activités sont très exigeantes en terme de travail. En plus de devoir absorber le redémarrage de l’activité et les contraintes liées aux difficultés de recruter du personnel qualifié, nous devons assumer la charge de démarches administratives lourdes, ce qui ajoute au stress. Cela a également comme conséquence que la vie professionnelle empiète trop souvent sur la vie personnelle. Cette étude doit être un déclic pour les pouvoirs publics afin qu’ils orientent leurs politiques vers un allègement notable de la charge administrative des petites entreprises.»

Un niveau de stress élevé

Plus d’un artisan sur deux déclare être souvent voire très souvent stressé. Le poids des démarches administratives, la charge de travail, les contraintes de délais et le manque de repos sont les causes de ce stress constant. Il impacte la qualité de sommeil des artisans, les expose à un risque accru d’épuisement professionnel. Ils sont ainsi 37% à déclarer avoir subi ou frôlé un burn-out.

Patrick Liébus, Président de la CAPEB, déclare : « En plus du travail sur les chantiers, la charge administrative excessive pèse lourdement sur les artisans du BTP et occasionne un stress toxique. Il est urgent et essentiel d’alléger cet aspect de leur quotidien, au lieu de quoi, on veut leur imposer de nouvelles tâches telles que le prélèvement de l’impôt à la source. Je souhaite que les résultats de notre baromètre puissent créer un électrochoc et conduire à un choc de simplification. »

Un suivi médical quasi inexistant

Seuls 13% des artisans sont suivis médicalement pour leur activité professionnelle. 51% d’entre d’eux consultent leur médecin généraliste à de très rares occasions, voire jamais. Et, chez les jeunes (moins de 31 ans), ce sont seulement 25% d’entre eux qui vont consulter leur médecin. Souvent par manque de temps (27% des répondants) mais ils sont aussi nombreux à ne pas en ressentir le besoin (13%). Un travail de sensibilisation doit donc être effectué auprès des artisans pour les inciter à être davantage dans la prévention. Consulter régulièrement peut permettre, en effet, de prévenir d’éventuelles pathologies.

Dans ce sens, la CAPEB a conclu un partenariat avec GARANCE qui apporte une assistance téléphonique aux artisans (conseils et informations dans les domaines de la vie courante en matière de santé) et propose aussi différents services en cas de coups durs.

Aussi, l’IRIS-ST a publié un mémo intitulé « artisans et stress au travail » à destination des chefs d’entreprises.

Patrick Liébus, Président de la CAPEB, déclare : « Nous défendons le principe d’un suivi régulier, annuel et pris en charge pour les chefs d’entreprise artisanale du bâtiment. Puisque le RSI est entré dans le régime général de sécurité sociale, la question doit être sérieusement étudiée. Les résultats inquiétants de ce baromètre doivent servir de base pour initier des actions en conséquence.»

Accéder à l’étude complète


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