Discours de Didier Ridoret, Président de la FFB, 11 mars 2014

#Quoi de neuf ? Publié le 18 mars 2014 par L'Echo de la Baie

Lettre de Didier Ridoret, président de la FFB

EN 2014, LA SITUATION DU BATIMENT RESTE TENDUE

Toujours pas de reprise en vue

Ce début d’année s’avère conforme à ce que nous avions prévu fin 2013, à savoir :

– le logement neuf semble stabilisé sur un rythme annuel d’environ 340 000 mises en chantier ;
– le non-résidentiel neuf, hors hôtellerie et locaux agricoles, s’inscrit en léger recul et ressort, toujours en rythme annuel, à un peu moins de 19 millions de m² de surfaces de plancher commencées ;
– et l’amélioration-entretien affiche des hésitations, probablement en lien avec les atermoiements sur la TVA réduite, autour d’une tendance modérément baissière.

Au global, c’est donc bien une situation de stagnation à l’étiage qui se dessine pour 2014, avec une baisse d’activité de -0,4%. Certes, nous ne pouvons ignorer que les autorisations de permis de construire reculent violemment. Ainsi, en glissement annuel sur trois mois à fin janvier 2014*, ils affichent des variations de ‑18,0 % dans le logement et de ‑11,6 % dans le non-résidentiel. Mais nous maintenons l’hypothèse que ce mouvement s’explique avant tout par le dégonflement du stock de permis accumulés entre 2011 et 2013 et qui n’ont pas été exécutés.

Du côté de l’emploi, dans l’attente des chiffres officiels qui seront publiés demain, nous maintenons notre estimation, soit un recul de 25 000 postes en 2013, y compris intérim en équivalent-emplois à temps plein, et un tassement de tendance sur 2014 à -7.500 postes. Pour l’essentiel, ce recul s’explique par le non-renouvellement d’emplois, évolution corroborée par le recul du nombre d’entrées en formation.

Quant à l’appareil de production, avec une quasi-stabilité (+0,3 %) des défaillances et une progression spectaculaire des créations d’entreprise hors auto-entrepreneurs (+18,8 %), le secteur de la construction résiste toujours, malgré les maux aujourd’hui endémiques que constituent l’allongement des délais de paiement clients et les prix bas.

La principale difficulté du moment réside toutefois dans le fait que rien ne permet d’anticiper l’amorce d’une reprise à court ou moyen terme. Or, les trésoreries des entreprises s’épuisent, tout comme leur capacité à résister à un décrochage d’activité de près de 17 % depuis la fin 2007.

Certes, les réflexions de la démarche  » Objectifs 500 000 « , initiées par le gouvernement et en cours de finalisation, constitueront une indéniable avancée, si elles débouchent. Elles ont toutefois une portée plus structurelle que conjoncturelle.

Comme la FFB ne cesse de le rappeler à chaque occasion, la reprise dans le secteur ne peut passer que par un nouvel essor de la primo-accession à la propriété. Seul un dispositif aussi puissant que le PTZ+ originel, avec ses longs différés pour les tranches de revenus modestes et intermédiaires, permettrait ce retour en grâce.

*novembre 2013→janvier 2014/novembre 2012→janvier 2013

Pénibilité : simplifier le dispositif, une absolue nécessité

C’est dans ce contexte difficile que se profile le  » compte personnel pénibilité « . Pour notre secteur vient de commencer un compte à rebours extrêmement inquiétant.
La loi du 20 janvier 2014 a fait des fiches individuelles de prévention de la pénibilité, instaurées par la précédente réforme des retraites de 2010, la base d’un dispositif ouvrant notamment droit à une cessation anticipée d’activité et qui entrera en vigueur dès janvier 2015.
Il s’agit d’une mesure d’une extrême complexité, au point qu’une vingtaine de dispositions nécessitent des précisions par décret, actuellement en cours d’élaboration.

Dans notre secteur à forte intensité de main d’œuvre, le nouveau dispositif constitue un incroyable casse-tête.
Pour accéder aux mesures de formation, de passage à temps partiel ou de départ anticipé, les salariés devront avoir été exposés au-delà de certains seuils. C’est pourquoi l’activité de chaque compagnon doit être tracée en permanence sur sa fiche individuelle.
Mais, dans nos métiers où les salariés sont polyvalents et interviennent sur des chantiers par nature tous différents, il n’est pas possible de savoir si tel compagnon intervient ou non à proximité d’une source de bruit au gré de ses déplacements sur le chantier ou en fonction de l’activité des autres entreprises intervenant autour de lui.
Il n’est pas possible, par exemple, de mesurer combien de temps les peintres qui rénovent un appartement et vont alternativement décoller les papiers peints, enduire, poncer, imprégner des supports, peindre, découper…. vont exercer des tâches les soumettant à des postures pénibles (bras en l’air, travail près des plinthes) ou à des manutentions manuelles de charges, aux poussières, etc !
Prévoir des seuils pose nécessairement les questions de la mesure de l’exposition, de son coût, mais aussi de son contrôle. Dans le Bâtiment, il ne sera pas possible de considérer que certains salariés sont concernés et d’autres pas au sein d’une même entreprise. Il y a là une incroyable source de zizanie entre les compagnons, et de contentieux avec l’employeur et les Caisses d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat), chargées de l’application du dispositif. On voudrait développer des différends et l’activité contentieuse qu’on ne s’y prendrait pas autrement !
Nous avons toujours demandé que soit établie une approche individuelle par un filtre médical, seul moyen d’identifier l’origine de telle ou telle altération de santé, et qu’il soit tenu compte de nos efforts de prévention dans la charge financière très lourde du dispositif. Nous n’avons pas été entendus.
Or, cette nouvelle mesure arrive au plus mauvais moment pour les entreprises de Bâtiment, qui sont confrontées comme jamais à une offre de services à moindre coût de la part d’entreprises étrangères non respectueuses des règles sociales minimales.
Les entreprises françaises, aussi vertueuses soient-elles, pourraient être tentées de recourir à ces prestataires pour échapper à cette nouvelle contrainte.
Simplifier le dispositif est une nécessité absolue. C’est pourquoi la FFB va lancer prochainement un appel au principe de réalité à tous les parlementaires et aux pouvoirs publics.

La mise en place d’un dispositif de réparation n’est un encouragement à la prévention :

– ni pour les salariés, dont certains préfèreront bénéficier des dispositifs liés aux situations de pénibilité ;
– ni pour les entreprises, qui n’ont pas aujourd’hui les marges suffisantes pour financer à la fois un dispositif de réparation et des mesures de prévention.

Or, dès avant l’accord sur la prévention de la pénibilité et l’amélioration des conditions de travail du 20 décembre 2011, le BTP a fait le choix de la prévention. Cet accord, qui acte la volonté des partenaires sociaux de la branche, comporte un substantiel volet de conseils pratiques sur l’ensemble des facteurs de pénibilité.

C’est cette action volontariste au service de la prévention de la santé de nos compagnons que nous voulons poursuivre. Et son efficacité ne passe pas par une fiche.

Les 20 ans de l’ESDJB

La FFB a toujours été attentive aux défis de la transmission d’entreprise, notamment du fait du grand nombre de structures de petite taille dans notre secteur. Concentrées sur leur activité principale, celles-ci ont besoin de se renforcer en matière de gestion, de formation, de management ou d’action commerciale, …
C’est pour mieux armer les repreneurs dans ces domaines que la FFB a créé, il y a maintenant deux décennies, l’École Supérieure des Jeunes Dirigeants du Bâtiment (ESJDB) afin d’accompagner les repreneurs. Je cède la parole à Édouard Bastien, son Président.

Je vous remercie de votre attention.


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